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Le
Pourridié racinaire de la vigne
Le
Pourridié racinaire est une maladie très grave. Dans le
département du Tarn, cette maladie, sans être très répandue, est
disséminée un peu partout, notamment dans les vieilles parcelles
où sont plantés des arbres fruitiers. Le diagnostic du Pourridié
est parfois délicat ; en effet, les symptômes apparaissent
plusieurs années après la contamination et aboutissent
inéluctablement à la mort des plantes.
L’agent
responsable de la maladie du Pourridié racinaire, qui sévit
essentiellement dans la partie sud de la France, est un champignon (Armillaria
mellea). Ce champignon a besoin d’une certaine quantité de
chaleur pour réaliser son cycle. Il se développe surtout sur le
bois mort présent dans le sol (vieilles racines, en particulier d’arbres
fruitiers ou de chênes, ou encore d’anciennes vignes). Dans un
second temps, il parasite les racines vivantes des souches en place,
ce qui provoque des symptômes de dépérissent après un laps de
temps plus ou moins long. Son développement est favorisé par la
stagnation de l’eau dans les sols (sols compactés, mal drainés
ou hydromorphes, présence de mouillères…).
Dépérissement
des souches
Dans
un premier temps, la maladie se manifeste par un dépérissement
progressif des souches : débourrement difficile, croissance
ralentie, entre-noeuds raccourcis, feuilles plus petites et vers le
milieu du cycle annuel de la vigne, jaunissement ou rougissement du
feuillage (suivant la couleur du cépage). Elle se traduit
également par une apoplexie brutale des pieds (plus ou moins
rapide, mais en général, ce stade de la maladie est atteint après
plusieurs années) : face à de forts problèmes d’alimentation,
la souche dépérit brutalement à l’approche de l’été, le
feuillage se flétrit et la mort de tout ou partie du cep intervient
rapidement.
La
maladie se développe en foyers : il se crée, au fil des
années, des ronds de souches malades ou mortes, autour des
premières souches atteintes. En effet, le champignon progresse en
attaquant les racines de proche en proche. La progression est rapide
dans les zones les plus humides, et sur les vignes peu vigoureuses.
Sur les racines, et parfois jusqu’au collet, on peut observer les
symptômes suivants :
*
forte odeur de champignon,
*
écorce très foncée, voire noirâtre, qui se délite
facilement
*
présence d’un manchon blanchâtre juste sous les écorces,
formé de mycélium (filaments du champignon)
*
à un stade avancé, en zone très humide, le bois des racines
est complètement dégradé, très spongieux et de couleur
orangée. La souche ne tient alors quasiment plus au sol.
En
cas de maladie, que peut-on faire ?
o
Avant toute plantation, suivant un arrachage, il est indispensable d’extraire
et de brûler un maximum de racines, si nécessaire en réalisant
deux défoncements croisés.
o
Il est conseillé de dévitaliser les
souches avant arrachage. Cette opération facilitera l’extraction
des racines qui seront de plus moins sujettes aux attaques du
champignon.
o
Un repos du sol de 4 ou 5 ans est un facteur qui permet de
réduire fortement les risques. Une culture d’orge est alors
conseillée, car il semblerait que les racines de cette céréale
produise un exsudat légèrement inhibiteur sur la croissance du
champignon. D’une manière générale, tout ce qui favorise l’aération
et la vie microbienne du sol active la dégradation des résidus
ligneux durant la période de repos du sol.
o
Favoriser l’écoulement de l’eau (drainage si nécessaire,
fossés bien entretenus, décompaction soignée…)
o
Enfin, aucun porte-greffe ne semble résistant au pourridié. Tout
au plus peut-on supposer que les porte-greffes les plus vigoureux
dépérissent moins rapidement grâce à une plus grande capacité
à régénérer des racines.
On
peut aussi recourir à la lutte chimique : elle sera d’autant
plus efficace que les conseils de prophylaxie auront été bien
appliqués. Deux spécialités permettant une désinfection des sols
sont aujourd’hui homologuées :
*
ESACO (Métam-sodium), homologué aussi sur nématodes (lutte
contre le court-noué)
*
ENZONE (Tétrathiocarbonate de sodium)
Ces
deux produits agissent par vapeur et respectent la microflore
antagoniste de l’Armilaria, en particulier les trichodermes
(autres champignons du sol qui empêchent le développement du
parasite). Ils s’appliquent soit en plein avant plantation à l’aide
d’un matériel adapté (griffes à injection), soit au trou pour
désinfecter de petites zones atteintes sur des vignes en place.
Dans ce dernier cas, il faut d’abord procéder à l’arrachage
soigneux du rond atteint, étendu aux souches apparemment saines qui
le bordent. La plantation ou replantation pourra intervenir un mois
(ENZONE) ou 2 mois (ESACO) après cette désinfection.
Olivier
YOBREGAT (SICAREX)
LA
DEVITALISATION DES VIGNES AVANT ARRACHAGE :
Cette
technique consiste à détruire chimiquement les ceps de vigne avant
de procéder à un arrachage. Ses avantages sont multiples :
o
Faciliter l’extraction des racines qui, une fois mortes, adhèrent
moins au terrain
o
Priver de nourriture les nématodes du sol, en particulier Xiphinema
index, responsable de la propagation des virus du Court Noué de la
vigne.
o
Faciliter la décomposition des résidus de racines dans le sol pour
limiter les risques de pourridié.
o
Augmenter ainsi l’efficacité du repos du sol et éventuellement,
d’une désinfection, en tuant les radicelles et les racines
profondes inaccessibles même par défoncement, et hors de portée
des produits fumigants.
Mise en
œuvre :
-
Pulvériser
sur le feuillage, en mouillant à 400 l/ha, une bouillie de
glyphosate dosée à 3 % (3 l/hl) de produit commercial à 360
g/l
-
Une
autre matière active utilisable est le Trichlopyr (Garlon innov)
à 3 % de produit commercial
-
Ne pas
augmenter la concentration de la bouillie : le résultat
est plus spectaculaire, mais les feuilles risquent d’être
brûlées trop vite pour que le désherbant soit correctement
véhiculé jusqu’aux racines.
-
Traitez
absolument sans vent, pour éviter de toucher les cultures
voisines (dégâts importants probables !). L’idéal est
d’utiliser des panneaux récupérateurs.
-
Réalisez
l’application juste après la dernière récolte, sur un
feuillage encore fonctionnel
La
période idéale d’arrachage est le printemps qui suit (avril ou
mai).
Dépérissement de
la Syrah : une maladie encore mal connue
A Gaillac, les premiers pieds atteints du dépérissement de la
Syrah ont été observés en 1995. Peu de parcelles sont touchées
dans notre région. La SICAREX Sud-Ouest participe à des recherches
afin de connaître la cause de cette maladie.
Sur une douzaine de parcelles du Gaillacois, ont été observés
des symptômes de dégénérescence de la Syrah. Ce dépérissement
de la vigne n’atteint que le cépage Syrah. Il a commencé à
être distingué dans les vignes à partir de 1993. En 1995, il
apparaît sérieusement dans l’Hérault et le Gard puis en 1997
dans l’Aude, les Pyrénées-Orientales, le Vaucluse ainsi que dans
les régions de Fronton et Gaillac mais avec des dégâts moins
importants. Dans certaines zones comme le Gard, cette maladie mal
connue représente un véritable incidence économique
Olivier YOBREGAT (SICAREX Sud-Ouest), a observé les symptômes
de cette maladie dans le Tarn : " sur les jeunes
parcelles de Syrah touchées, dès la troisième feuille, certains
plants présentent une faible vigueur végétative au printemps. Les
feuilles sont verts pâles, parfois jaunissantes ; au fur et à
mesure que l’on approche de la maturation, les feuilles des pieds
malades rougissent. Parallèlement, sur le tronc des souches, au
niveau du point de greffe, on aperçoit des gonflements qui ont tôt
fait de se transformer en crevasses. Quand le point de greffe est
trop gonflé, il présente de nombreux replis (cannelures) , dont
les crevasse constituent des portes d’entrée pour les champignons
parasites ; il existe alors un risque d’une attaque des ceps
par l’Esca et l’Eutypiose. L’hiver suivant, la souche meurt au
niveau du greffon, mais le porte-greffe reste vivant et peut donner
des repousses. "
Un problème de greffage
Depuis 5 ans, un groupe d’étude national, dont fait partie la
SICAREX, a lancé un programme de recherches pour comprendre la
cause de ce dépérissement. " L’hypothèse d’un virus
a été provisoirement abandonnée ; on soupçonne aujourd’hui
un problème de greffage mais il est trop tôt pour incriminer une
technique de greffe. Beaucoup d’expérimentations sont en cours,
avec une grande question en suspens : s’il s’agit bien d’un
problème mécanique lié au greffage, pourquoi cette
dégénérescence touche uniquement la Syrah ? "
Qui qu’il en soit, il existe quelques solutions pour limiter
les problèmes si vos parcelles sont touchées : vu que le
porte-greffe reste vivant, on peut tenter de regreffer en fente sur
le porte-greffe, mais on manque de recul pour juger de la tenue des
plants dans le temps. Il ne faut pas négliger les traitements d’hiver
à l’arsenite de soude sur les vignes où l’on soupçonne un
problème ; sur les jeunes parcelles, il faut respecter les
précautions suivantes afin d’éviter l’aggravation des
problèmes :
- Eviter les surcharges de production en 3ème
feuille, très dommageable au végétal
- Ne pas apporter d’azote à la plantation et , en général,
avant l’entrée en production, pour ne pas pousser à la
vigueur
- En cas de taille au cordon, il est parfois nécessaire de
décaler leur formation en 4ème feuille pour ne pas
pénaliser l’enracinement les premières années. Il faut
également réaliser un ébourgeonnage soigneux qui limitera les
plaies de taille
- Eviter les forts rendements et les porte-greffes trop
vigoureux (ex. 140 Ru)
Un gros effort de recherche est en cours mais on peut déjà
attirer l’attention des viticulteurs sur deux points : les
pépiniéristes ne sont pas en cause dans cette affaire. D’autre
part, malgré les problèmes apparus dans les zone méridionales, il
ne faut pas pour autant abandonner les plants de Syrah, cépage
très qualitatif dans certains terroirs, mais il faut tenter de
limiter l’apparition des symptômes en respectant les quelques
précautions.
paysantarnais@paysantarnais.com
Entretien des sols
viticoles : pourquoi enherber sa parcelle ?
L’herbe serait-elle l’amie de la vigne ? Jean-Pierre
PRADIER, conseiller viticole de la Chambre d’agriculture de
Gironde et Jacques Rousseau, de l’Institut Coopératif du Vin ont
expliqué, lors d’une réunion d’information organisée par la
Chambre d’Agriculture du Tarn consacrée à l’entretien des sols
viticoles, l’intérêt d’enherber son vignoble, à certaines
conditions…
" Nous sommes aujourd’hui à une phase tournante de
la viticulture ", annonce Jean-Pierre PRADIER, conseiller
viticole de la Chambre d’agriculture de Gironde, invité de la
Chambre d’Agriculture du Tarn à Gaillac, le mois dernier.
" Il y a 40 ans, les vignes étaient parfois badigeonnées
avec du cuivre. Les labours très profonds détruisaient les
racines, l’état sanitaire des porte-greffes était mauvais, du
coup la vigueur des vignes était nettement plus faible qu’aujourd’hui.
Actuellement, la sélection clonale a fait d’énormes progrès,
les engrais sont beaucoup plus efficaces et les porte-greffes sont
sains. D’autre part, la demande de vins de qualité se fait
toujours plus forte. Il faut donc trouver des solutions pour faire
baisser les rendements et quitter la vigueur des vignes. L’enherbement,
qu’il soit permanent avec le semis de variétés d’herbes
adaptées ou naturel avec un contrôle au girobroyeur et le
désherbage régulier du cavaillon, constitue une
solution ".
Le sol : organisme vivant
Pourquoi enherber ? D’abord pour une meilleure utilisation
du sol, trop longtemps considéré comme un outil de travail alors
qu’il s’agit d’un véritable organisme vivant, doté d’une
structure complexe, d’une vie propre et d’un rôle fondamental
pour le développement des végétaux et des animaux.
Jacques Rousseau, de l’Institut Coopératif du Vin, a étudié
l’importance de la matière organique dans le sol et l’influence
des modes d’entretien agricoles sur le sol. " La
fraction vivante du sol, les champignons, les bactéries, les
insectes, les vers (lombriciens), etc., sont responsables de la
dégradation de la matière organique et de la formation de l’humus.
Or l’humus retient l’eau et les éléments fertilisants qu’il
restitue progressivement aux plantes lorsque ils font défaut dans
le sol. L’humus est également responsable de la porosité du sol
qui favorise la circulation de l’eau. Le rôle de la matière
organique est donc fondamental pour la vigne. Or des expériences
menées dans différentes régions de France montrent que l’enherbement
des parcelles, comparé au travail du sol et au désherbage
chimique, contribue à maintenir un taux de matière organique
satisfaisant dans le sol ".
L’enherbement permet également d’éviter la compaction du
sol après le passage du tracteur. Or les semelles de labour
freinent la croissance racinaire et la circulation de l’eau et de
l’air dans le sol. " Un enherbement hivernal peut
effacer progressivement les zones de compaction ".
Jean-Pierre PRADIER rappelle : " Attention, tous
les sols ne méritent pas d’être enherbés et il existe des
inconvénients. Certaines herbes sont très agressives pour la
vigne. Sur sol humide, le semis d’herbe nécessite des
précautions car les vignes installent des racines à faible
profondeur ; du coup, la concurrence entre vigne et herbe est
très forte. Ce sont les bons sols viticoles qu’il faut
enherber ". Mais si l’enherbement est fait dans de
bonnes conditions, il présente de nombreux avantages.
" Des expériences montrent que la quantité de bois de
taille diminue sensiblement lorsque les parcelles sont enherbées,
ce qui facilite le travail des tailleurs en hiver. La fréquence de
grappes atteintes par le Botrytis dans les parcelles enherbées
baisse. Et les indices IPT (polyphénols et tanins) et IC
(substances colorantes) ainsi que le degré alcoolique s’améliorent
avec la diminution des rendements. Autant de raisons qui expliquent
le développement de ces pratiques dans le vignoble
français ".
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Entretien des sols
: le témoignage de Jean-Paul ALBERT, viticulteur à Castanet
Jean-Paul ALBERT, viticulteur à Castanet, a enherbé la
totalité de ses vignes. Cette pratique qu’il a démarré depuis
10 ans lui permet de maîtriser ses rendements, de freiner l’érosion
tout en soignant l’image de son domaine.
" J’avais une parcelle de vigne vieille qui restait
jaune depuis des années ; j’ai failli l’arracher, en
désespoir de cause. Puis je me suis décidé à enherber toute la
parcelle avec du Ray Grass anglais et du trèfle blanc. L’année
même du semis, les vignes ont reverdi et donnent aujourd’hui de
bons résultats. Le fait de semer de l’herbe entre les rangs a
provoqué une croissance racinaire des vignes vers le bas. Les
racines ont exploré des sols qu’elles n’avaient jamais atteint
et ont donné une nouvelle jeunesse aux pieds. Les vignes ont été
littéralement sauvées par le semis d’herbe".
Jean-Paul ALBERT fut un des premiers viticulteurs du département
à enherber ses parcelles, il y a 10 ans. Aujourd’hui, 100 % de
ses parcelles sont enherbées : 5 ha avec du Ray Grass, 21 ha
avec du trèfle blanc et du Ray Grass et 22 ha avec de la fétuque
rouge, fétuque traçante et Ray Grass.
" Au départ, je souhaitais arrêter le travail du sol
d’une part pour freiner l’érosion, d’autre part parce que
dans les terrains argilo-calcaires, le labour ramène à la surface
du calcaire actif qui génère des chloroses. Je voulais aussi
maîtriser les rendements et limiter les traitements, notamment les
produits anti-pourriture. J’ai donc enherbé 20 ha sur les coteaux
mais, malheureusement, j’ai choisi un mélange non adapté :
20 % de Ray Grass, 40 % de fétuque rouge et 40 % de fétuque
traçante. Les vignes ont un peu souffert parce que les fétuques
sont des variétés qui tirent beaucoup d’éléments nutritifs du
sol. Il a fallu apporter de l’engrais pour compenser les pertes de
rendement ".
Choisir les bonnes variétés
" Il y a 4 ans, j’ai choisi d’enherber d’autres
parcelles situés sur un plateau calcaire avec du Ray Grass et du
trèfle blanc. Ces deux variétés absorbent moins d’éléments
minéraux du sol et le trèfle permet d’enrichir le sol en azote.
Puis l’an dernier j’ai implanté tout le reste de mes parcelles
avec du Ray Grass. Aujourd’hui, je suis satisfait du
résultat : je n’ai pas débouché un fossé depuis dix ans
parce que l’implantation d’herbe limite l’érosion des
terrains en pente. D’autre part, je peux passer sans problèmes
entre les rangs avec le tracteur deux heures après une averse de 40
mm. Autre avantage : l’enherbement entraîne une baisse des
rendements et une meilleure concentration des sucres et des
matières colorantes dans le raisin ; résultat, un vin de
meilleure qualité et un degré alcoolique plus élevé. J’ai
arrêté tous les traitements anti-pourriture et diminué de moitié
les apports d’engrais sous les pieds ".
" Mais attention, je ne laisse pas pousser l’herbe
naturelle. J’ai semé un gazon très serré pour étouffer les
autres végétaux. Si on laisse se développer des espèces comme le
chiendent ou certaines dicotylédones, cela peut devenir rapidement
problématique. Je tonds trois ou quatre fois par an ; dès qu’il
fait chaud, l’herbe sèche et ne pousse plus ".
" Enfin, pour moi qui commercialise une grande partie
de la production sur place, l’enherbement présente un avantage
indéniable : les vignes enherbées sont plus jolies, été
comme hiver. Quand les vignes sont nues, les parcelles restent
vertes ; l’été, les visiteurs peuvent se promener dans la
vigne, même si le temps est humide. C’est un plus pour l’image
du domaine et on sait aujourd’hui l’importance que les
consommateurs accordent à l’aspect des exploitations… "
paysantarnais@paysantarnais.com
Le domaine de Labarthe (Jean-Paul ALBERT)
SAU = 48 ha de vignes -
Sols argilo-calcaires
Cépages : Braucol,
Duras, Gamay, Syrah, Merlot, Cabernet / Loin de l’œil, Mauzac et
Sauvignon
100 % des parcelles
enherbées
commercialisation :
cave particulière - 65 % de la production vendue aux particuliers
Main d’oeuvre : 6
employés à temps plein sur le vignoble et 3 employés pour la
gestion et la commercialisation
Membre du réseau FARRE
(Forum de l’Agriculture Raisonnée et Respectueuse de l’Environnement)
depuis juin 2000
Lutte raisonnée
dans le Gaillacois
La protection phytosanitaire raisonnée du vignoble permet
aujourd’hui de concilier efficacement et intelligemment respect de
l’environnement et production de raisins de qualité. Conscients
de ces enjeux, les viticulteurs gaillacois se sont mobilisés depuis
1999 avec la formation d’un premier groupe de travail sur le
secteur de Rabastens. L’année 2000 a vu la formation de 6 autres
groupes et aujourd’hui ce sont 9 groupes de lutte raisonnée qui
vont démarrer la saison, soit au total une centaine de personnes.
Cette action coordonnée par la Chambre d’Agriculture du Tarn,
a mobilisé l’ensemble des acteurs techniques et professionnels de
la filière viticole gaillacoise : ITV (Institut Technique
Viticole), SRPV (Service Régional de la Protection des Végétaux),
caves coopératives et syndicats viticoles.
L’organisation des groupes est maintenant bien huilée :
chaque membre reçoit un avertissement spécifique " lutte
raisonnée " chaque semaine. Cet avertissement regroupe
les observations phytosanitaires du vignoble, les prévisions
météo, les résultats et les simulations du modèle
" potentiel-système " de l’ITV et surtout les
préconisations sur les traitements. Par la suite, chaque groupe se
réunit en bout de parcelle avec un technicien de la Chambre d’Agriculture
ou d’une cave coopérative. En plus de tous les conseils
techniques dont le viticulteur bénéficie (aide à la
reconnaissance des symptômes de maladies, explication du mode d’action
des produits,…), il peut alors échanger sur les stratégies de
traitement avec les autres membres du groupe.
Les neuf groupes
lutte raisonnée :
Rive gauche (Florentin à
Montans)
Castanet
Plateau cordais
Gaillac – Sénouillac
Lisle / Tarn
Cunac
Rabastens
Coufouleux
Castelnau de Montmiral
Lutte
raisonnée : le témoignage de deux viticulteurs
" Un travail de longue
haleine "
Henri BRUN est viticulteur à Bellegarde. Il appartient au groupe
" lutte raisonnée " de Cunac depuis un an et
redémarre cette année sans hésitations. Il nous explique pourquoi…
Chaque semaine, entre le mois d’avril et le mois d’août, je
passe environ une demi-heure sur mon exploitation pour suivre l’état
sanitaire de ma vigne. Mes observations sont faxées à la
technicienne de la cave de Labastide de Lévis, dont je suis
adhérent. Tous les viticulteurs de mon groupe font de même.
Ces observations permettent aux conseillers de la Chambre
d'agriculture et des caves coopératives de réaliser un fax
" lutte raisonnée ". Celui-ci est envoyé à
tous les membres avant d’être discuté, en groupe, sur le terrain
le lendemain.
" Participer à ce groupe m’a permis d’acquérir
une meilleure connaissance technique des produits de traitement et
des maladies. Avant d’appartenir à ce groupe, je faisais les
traitements de manière plus systématique. Personne ne me disait
quel était le moment propice pour traiter. Le fait de rencontrer d’autres
viticulteurs de Cunac chaque semaine permet de connaître leurs avis
sur le développement d’une maladie, sur les traitements qu’on
peut faire.
Les données du modèle nous permettent quelquefois d’anticiper
le développement des maladies. Une nouvelle station météo est
prévue à Cunac, ce qui affinera les prévisions ".
Lutte raisonnée et Agriconfiance
Qu’est ce que cela apporte d’être en lutte raisonnée ?
" En plus de réaliser des traitements phytosanitaires
mieux adaptés, la lutte raisonnée permet de garantir une meilleure
traçabilité de la production des raisins grâce à l’enregistrement
des pratiques culturales et des dates de traitement. Pour l’instant,
cela n’est pas un avantage au niveau commercial. Mais cela peut le
devenir. La coopérative de Labastide de Lévis met en place la
certification Agriconfiance pour les adhérents qui le souhaitent. C’est
mon cas. Or le fait de travailler en lutte raisonnée facilite
grandement l’obtention de la certification Agriconfiance car les
démarches sont similaires… Quoi qu’il en soit, la lutte
raisonnée, c’est un travail de longue haleine. Je passe beaucoup
de temps sur le terrain mais je suis convaincu que ça va payer sur
le long terme ! "
" Un souci technique, économique
et environnemental "
Jean ARNAUD est viticulteur à Lagrave ;il participe au
groupe de travail lutte raisonnée " Rive
Gauche " qui regroupe indifféremment des viticulteurs en
cave coopérative et en cave particulière, comme lui.
" Dans les années 60, nous avons connu le
développement des produits chimiques ; nous avions des
pratiques de traitements uniformes et systématiques. On s’interrogeait
au plus une fois par an sur les produits avec les fournisseurs…
Aujourd’hui, il faut évoluer par rapport à nos pratiques. C’est
un souci technique, économique et environnemental ".
" Technique parce que nous pouvons mieux utiliser les
produits phytosanitaires grâce à des nouveaux outils : meilleures
prévisions météo, meilleure connaissance des parasites et des
sols, etc. Economique parce que travailler en lutte raisonnée
permet de diminuer les charges en limitant l’apport d’intrants.
Bien sûr, l’an dernier, nous avons eu une grosse pression de
mildiou, la baisse du nombre de passage n’a donc pas toujours
été possible. Mais je pense que c’est pendant les années à
faible pression des maladies que la lutte raisonnée permettra de
faire une économie de charges. Enfin, c’est un souci
environnemental ; sans parler de la pression des médias contre
l’emploi de certains pesticides, les viticulteurs prennent
conscience petit à petit de la nécessité de limiter les apports
de produits phytosanitaires dont certains ne sont pas toujours
respectueux de la faune auxiliaire et de l’environnement ".
" Je pense aussi que la lutte raisonnée nous fait
prendre conscience d’un fait essentiel : il n’existe pas
une seule stratégie de traitement de la vigne. Selon le terroir,
selon les objectifs de chacun, il faut traiter de manière
différente. On ne doit pas être dogmatique et rester ouvert sur
les pratiques des autres. C’est pourquoi il est si intéressant de
se retrouver entre viticulteurs chaque semaine pour comparer nos
pratiques respectives ".
paysantarnais@paysantarnais.com
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