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Techniques
Culturales simplifiées, Semis Direct et Couverts Végétaux
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Introduction
Simplifier le travail du sol, c'est premièrement pour
l'agriculteur le moyen d'économiser du temps, du carburant,
et surtout de rogner sur les charges de mécanisation. C'est
également, dans un objectif à moyen et long terme, la
capacité de retrouver une fertilité optimale de ses
parcelles, notamment dans les zones de sols fragiles. Cette
amélioration des conditions agronomiques permet de réduire
le niveau de certains intrants, particulièrement la
fertilisation, tout en sécurisant les rendements : un
intérêt économique supplémentaire. Enfin, il est admis par
de nombreux agronomes et chercheurs, qu'un sol qui
fonctionne mieux limite très fortement les risques
environnementaux pour le bénéfice de l'agriculture, mais
également de l'ensemble de la société. Cependant, la mise en
œuvre de la simplification du travail du sol, voire du semis
direct qui est une forme ultime, demande une approche
nouvelle, non seulement du travail du sol, mais de
l'ensemble de l'agronomie en général. Qu'on se rassure,
cette démarche ne fait pas appel à de nouvelles
connaissances scientifiques, elle nous ramène simplement à
l'observation, au bon sens agricole et surtout aux
fondements de l'agronomie.
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Penser système
Les TCS et le semis direct ne sont pas la juxtaposition d'une
technique d'implantation par une autre technique plus économe, ou,
a fortiori, le remplacement d'un train d'outils par un semoir de
semis direct. Il s'agit en fait, pour que l'approche soit possible
et fournisse avec le minimum de risque le maximum de bénéfice, de
retrouver une approche systémique où l'homme (ses choix, ses
contraintes, ses objectifs, son temps de travail), le sol (texture,
structure, taux de matière organique, ...), le climat
(pluviométrie, température, …), les plantes (espèces,
rotations, couverts végétaux, ...), la technique (équipement,
phytosanitaires, ...), mais également l'environnement
(ruissellement, érosion, qualité de l'eau, ...) soient tous pris
en considération, tout comme l'ensemble des interactions qui les
unissent au sein d'une exploitation agricole. En d'autres termes,
c'est une démarche quotidienne, l'intégration d'une forme de
cercles vertueux, où l'on anticipe les difficultés éventuelles
afin d'éviter tout dérapage et une gestion au coup par coup et
dans l'urgence.
Intérêts des
TCS : aspects économiques
La limitation du travail du sol entraîne automatiquement une
diminution des passages, de l'usure des outils et des tracteurs, et
dégage du temps pour l'agriculteur notamment lors des périodes de
pointe de travail. Puisque que toutes les exploitations n'ont pas la
même politique d'investissement et d'équipement, et que le coup
d'un outil est plus souvent issu d'un calcul fiscal que d'une
utilisation réelle, il est toujours difficile de faire des
comparaisons. Cependant, il est possible d'utiliser des ratios
synthétiques afin d'approcher cette dimension qui ne se fera
ressentir sérieusement qu'au bout de certaines années (le tracteur
faisant moins d'heures sera changé plus tard), comme le litrage de
carburant consommé par ha. Pour une exploitation céréalière, il
est en moyenne de 100 l/ha/an, alors qu'il peut descendre aux
alentours de 75 l/ha/an en TCS et atteindre 50 l/ha/an en semis
direct. Un litre/ha/an correspondant à une dépense globale de
mécanisation de 3 à 4 €/ha/an, on mesure rapidement le potentiel
d'économie de cette approche.
Intérêts des
TCS : aspects agronomiques
Le labour est, avant toute chose, utile pour enfouir les résidus
qui pourraient gêner les interventions ultérieures, les repousses
et aussi une partie du stock semencier. On peut également attribuer
au travail du sol la fonction de réparation de structure
dégradée. Cependant, celui-ci n'aboutit jamais à une bonne
structure mais tend à faire des mottes, des lissages ou de la
poussière. C'est le temps et surtout l'activité biologique et les
racines qui organisent le sol. De plus, tout travail du sol
entraîne une rupture avec une zone plus compacte, juste en dessous
de la zone travaillée (semelle), perturbant l'enracinement mais
également la circulation de l'eau.
En TCS, l'objectif n'est pas de supprimer le travail du sol mais
d'intervenir le moins possible et judicieusement (réparation et
fabrication du lit de semence), afin de redévelopper une
continuité verticale, une architecture où les réseaux de
canalisation créés par les racines et l'activité biologique
permettent une bonne circulation de l'eau et de l'air, et surtout
une utilisation de toute la profondeur du sol par les cultures.
Le travail intensif du sol entraîne également une érosion lente
du taux de matière organique avec une altération, au cours des
années, des propriétés physiques (battance, compaction),
chimiques (fourniture d'éléments minéraux) et biologiques. Ainsi,
le travail du sol, de plus en plus consommateur d'énergie, devient
indispensable ; la capacité à stocker de l'eau chute ainsi que la
fertilité. A l'inverse, la conservation d'un maximum de résidus en
surface et la minimisation des interventions mécaniques permettent
de recharger l'ensemble du profil en matière organique pour un
meilleur équilibre et globalement une meilleure fertilité des
sols..
Intérêts des
TCS : aspects environnementaux
La battance, la réduction de l'infiltrabilité des sols, la
compaction sont vecteurs de ruissellement, de transferts et
d'érosion. Cette perte de potentiel, qui ruine progressivement les
sols, est en aval également une source majeure de pollution de
l'eau. Retrouver une continuité structurale avec une forte
porosité est un moyen efficace de capter l'eau dans la parcelle,
pour le bénéfice de la culture et de ralentir le transfert hors
parcelles. De plus, un sol en place et enrichi en matière organique
sera un bien meilleur filtre.
Comment organiser
le travail du sol en TCS
Dans une approche de simplification, le peu de travail du sol sera
organisé autour du futur positionnement de la graine. Un travail de
structuration sous la graine est parfois nécessaire.
La
zone en dessous de la graine :
Elle ne doit pas être meuble mais suffisamment poreuse pour assurer
un développement harmonieux des racines, mais aussi un bon
fonctionnement du sol. L'exigence des cultures est variable : les
céréales à pailles préfèrent un sol rappuyé alors que le
tournesol, le maïs et le colza demandent une bonne porosité.
Cependant, cette zone est sensible à la compaction par le trafic,
surtout dans les premières années de transition et dans les sols
à tendance limoneuse. La limitation de la pression sur le sol, en
réduisant les passages en conditions à risque, modifiant
l'attelage des outils, en modulant la pression de gonflage et
modifiant les pneumatiques, est essentielle. Ensuite, si cela est
nécessaire (profil cultural), un travail de fissuration sur les
cultures à risque permet de sécuriser la continuité structurale.
Ce travail ne doit pas bouleverser les horizons et surtout ne pas
être trop fin. Ainsi, il est préférable d'intervenir avec des
fissurateurs travaillant avec des dents obliques courbes ou à plat,
à vitesse réduite et sur sol pas trop sec.
La
qualité du travail de surface
C'est également un élément fondamental du système. C'est le
moyen indispensable de garantir, au travers du faux semis, le
maximum de levée de repousses et d'adventices, de faire évoluer
les pailles en surface si le semoir n'est pas adapté à des
résidus importants, de niveler le sol et de limiter les populations
de certains ravageurs comme les limaces. Enfin, le travail
superficiel permet un réchauffement du sol au printemps, et permet
de conserver de l'eau en été après les récoltes. Cette eau peut
être très utile pour faire lever des colzas ou des couverts
végétaux, entre autres. Pour un résultat optimum, ce travail, qui
peut être réalisé en une ou plusieurs interventions, ne doit pas
dépasser la future profondeur de semis pour préserver les
remontées d'eau capillaires et pour obtenir un positionnement
régulier de la graine. De plus en plus de nouveaux outils
permettent d'atteindre cet objectif avec des disques indépendants,
des dents et socs Delta, ou des peignes, le tout avec un contrôle
de profondeur assuré par des roues et rouleaux. Cependant, des
outils plus classiques et même animés peuvent, bien que moins
performants, fournir un résultat suffisamment proche de cet
objectif agronomique.
La
qualité du semis
Simplification du travail du sol ne signifie pas semis bâclé avec
surcoût de semence. Au contraire, beaucoup d'outils sont
aujourd'hui capables de positionner toutes les graines dans le
meilleur environnement pour une levée régulière et homogène. Il
faut cependant veiller à ce qu'il y ait le minimum de contact entre
les résidus (qui doivent rester en surface) et la semence, afin de
limiter les problèmes de toxicité et de faim d'azote et ensuite
refermer correctement le sillon pour assurer un bon contact sol
graine, et surtout, éviter de laisser une zone favorable aux
limaces. Il est possible d'obtenir ce lit de semence en décomposé,
en combiné ou en semis direct, selon le type de sol, le niveau de
résidus en surface et les équipements disponibles.
La
rotation : sécuriser l’équilibre
Dans cette approche où les interdépendances sont
fondamentales, la rotation, le choix des variétés sont également
des critères importants. Il est ainsi possible, avec des
enchaînements judicieux, de limiter les risques de parasites tout
comme de transmission de maladie. La rotation est également un
facteur prépondérant dans la réussite du désherbage : le
salissement n'est pas géré que dans la culture, mais sur toute la
succession. Ainsi, une rotation qui inclut des cultures d'hiver et
des cultures de printemps offre plus de possibilités de contrôle
qu'une rotation avec uniquement des semis d'automne, et a fortiori
en monoculture. Enfin, la rotation est un moyen de répartir le
risque économique, de niveler les pointes de travail et de dégager
une efficacité maximum d'un niveau de mécanisation moyen.
Couverts
végétaux : un outil complémentaire
La minimisation du travail du sol permet le retour
de l'activité biologique et une réorganisation du sol. La plante
est également un acteur majeur du développement de la structure et
de la fertilité des sols. Les couverts végétaux peuvent donc
être utilisés comme piège à azote bien sûr, mais dans leur
action, ils participent également au recyclage de nombreux autres
éléments, et surtout préservent et développent, en symbiose avec
l'activité biologique, la structure du sol. Leur matière organique
est ensuite une source d'énergie pour le sol mais également une
contribution à la croissance du taux d'humus. Ils peuvent, dans
certains cas, limiter le salissement des parcelles. Ils sont donc
des compléments indispensables de toute rotation saine, et viennent
s'inscrire dans les intercultures longues (entre céréales à
paille et tournesol).
Cependant, on découvre de plus en plus leur intérêt pour les
intercultures courtes (entre un pois et un blé par exemple).
Outre les plantes classiques, comme la moutarde, la phacélie, le
radis ou le seigle, de nouvelles plantes semblent trouver leur place
dans ce domaine où l'on utilise de plus en plus de l'avoine, du
colza, de la vesce, du trèfle incarnat du sarrasin voire du
tournesol. Les mélanges de différentes espèces sont également de
plus en plus pratiqué pour associer les avantages des différentes
plantes.
Enfin un couvert végétal doit être considéré comme une culture
et géré comme tel, afin d'avoir un retour maximum sur
investissement et limiter les soucis annexes. L'implantation doit
être de qualité et homogène. Il ne faut pas attendre trop pour sa
destruction sous peine de carence en azote sur la culture suivante
ou épuisement des réserves en eau. Pour les couverts d'hiver, la
date de la destruction, qui peut être mécanique ou chimique, est
à caler en fonction de la profondeur du sol, de la capacité de
pompage du couvert et de la pluviométrie potentielle sur la
période qui suit.
Le semis direct
sous couvert : une approche ultime
Au vu des bénéfices du semis direct et des
couverts végétaux, certains agriculteurs, sous l'influence des
pays d'Amérique latine intensifient la démarche en systématisant
la pratique des couverts. Cette approche récente sous nos climats,
outre réduire encore plus les coûts de mécanisation et les
intrants à terme, nécessite cependant quelques calages. Dans cette
démarche, le couvert devient véritablement le précédent de la
culture et le choix de l'espèce peut avoir un impact important sur
le parasitisme, l'enherbement potentiel voire la fertilité du sol.
Plus facile à mettre en place avant les cultures d'automne, cette
technique limite le réchauffement du sol au printemps ce qui peut
influer sur les dynamiques de levée, la vitesse du développement
végétatif précoce voire sur les attaques de limaces. De nouvelles
techniques comme le strip-till (micro-billonnage), une meilleure
connaissance de l'impact agronomique des plantes (allélopathie,
parasitisme, maladies, désherbage,…), la constitution de
rotations positives voire la réintroduction de la double culture,
vont peut-être apporter des solutions nouvelles et permettre
l'extension de ces techniques.
Conclusion
Approche marginale il y a quelques années, la
simplification du travail du sol et le semis direct risquent d'être
une orientation forte dans un futur proche. Aujourd'hui, toutes les
conditions sont réunies pour que cette mutation de l'agriculture,
cette véritable révolution verte, comme l'ont déjà entrepris
d'autres pays, se mette en route en France. La pression économique
et les exigences environnementales sans précédent sont de
formidables moteurs. Par ailleurs, les connaissances agronomiques et
l'expérience des pionniers font maintenant du non-labour une
technique, bien que récente, relativement bien maîtrisée. Le
semis direct associé aux couverts végétaux apparaissent, eux,
comme des techniques prometteuses.
Frédéric THOMAS Rédacteur en Chef de la Revue TCS
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