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Erosion
hydrique :
un signe de
la dégradation biologique des sols dans le Sud-ouest de la
France
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Des diagnostics d'exploitation
agricole et des couples de parcelles labour/non-labour montrent le
rôle essentiel du fonctionnement biologique des sols et du
non-labour pour lutter contre l'érosion hydrique.
Le diagnostic
territorial érosion sur le Tarn
55 agriculteurs ont
été enquêtés sur l’érosion dans le Tarn, dont 41 sous la
forme d’un diagnostic complet de l’exploitation. Ce diagnostic
analyse les dégâts constatés, les mécanismes en jeu et les
solutions apportées par l’agriculteur. Ces exploitations se
situent principalement dans les Coteaux Molassiques avec des sols
argileux le plus souvent calcaires (Delaunois, 2000). 9
exploitations sont dans le Massif-Central.
Ainsi, trois types d’érosion ont été
constatés dans le Tarn :
- L’érosion aratoire par les outils de travail
du sol est souvent peu remarquée par les agriculteurs, mais
elle est sans doute la plus importante selon les travaux de
Revel et al (1985, 1995, 1998). Rouaud M. (1987) a ainsi pu
mesurer cette érosion sur un bassin versant du Sud-Ouest de 692
ha : 58 % des sols ont perdu en moyenne 1,07 m d’épaisseur ;
1,48 m de terre ont été accumulés en moyenne sur 35 % de la
surface.
- L’érosion hydrique est la plus visible et s’observe
dans presque toutes les exploitations en coteau. Elle s’aggrave
depuis plus de trente ans.
- L’érosion éolienne peut être très forte,
mais elle est exceptionnelle (1956 et 1991), et localisée.
Les facteurs observés de l’érosion
hydrique sont ceux décrits par l’équation
universelle des pertes de sol de Wischmeier (1965) : pluie, sol,
topographie, culture, aménagements. Dans les Coteaux Molassiques,
le fonctionnement biologique des sols apparaît comme un facteur
déterminant suite, en particulier, à l’action des animaux
fouisseurs que sont les vers de terre (Delaunois, 2000). Ces
observations sont confirmées en particulier par les travaux de
Bouché qui a mesuré une très bonne corrélation entre la biomasse
lombricienne et la vitesse de percolation de l’eau dans les sols.
Une biomasse de 2.4 tonnes de vers par hectare a ainsi permi d’infiltrer
plus de 300 mm d’eau à l’heure (Al Addan et al, in Bouché,
1990). Les solutions proposées aux agriculteurs sont surtout
des modifications des techniques culturales et, parfois, des
aménagements. Les facteurs et solutions relatifs au fonctionnement
biologique du sol apparaissent comme les plus déterminants pour
lutter contre l’érosion et protéger la qualité des sols et des
eaux.
Parmi les solutions proposées,
le non-labour tient une place privilégiée car il permet à
la fois de lutter contre les érosions aratoires et hydriques. Les
labours suivant la ligne de plus grande pente sont les principaux
agents responsables de la descente des terres dans les coteaux du
Sud-Ouest (Revel et al, 1985, 1995 ; Santiago, 2001). Cette érosion
aratoire entraîne ainsi une diminution des teneurs en matières
organiques des sols en haut et au milieu des parcelles (Cavalié et
al, 1986). Les labours provoquent aussi une forte diminution de la
biomasse lombricienne (Bouché, 1972 ; Chabert A., 1996 ; ...) et
une diminution des teneurs en matière organique à la surface des
sols par dilution dans la couche labourée.
Parmi les exploitations
enquêtées, 23 font du non-labour sans retournement profond du sol,
et montrent une diminution de l’érosion hydrique sur leurs
parcelles. Un agriculteur a dû labourer à nouveau après onze
années de non-labour : il a observé une augmentation des rigoles d’érosion
dès l’année suivante.
Sur les parcelles en non-labour
depuis quelques années, nous avons observé la présence d’une
structure grumeleuse qui se développe dans l’horizon superficiel,
des galeries de vers parfois très nombreuses (100 à 200 grosses
galeries par m², diamètre > 5mm), une absence de semelle de
labour et de gley de labour. Les "ronds blancs, gris ou
rouges" (sols superficiels, régosols ou calcarisols) s’estompent
dans les parcelles, signe que le statut organique des sols en
surface s’améliore. Ces ronds plus clairs sont dus à l’érosion
aratoire qui, par troncature des sols, fait apparaître en surface
les horizons de profondeur K, C, R et M (Baize, Girard et al,
1995).
D’autres techniques culturales
permettent également de réduire la fréquence du ruissellement et
d’améliorer l’activité biologique des sols chez les
agriculteurs enquêtés : les petits labours ou bêchages de
15-20 cm de profondeur (10 agriculteurs) ; les labours
parallèles aux courbes de niveau en versant vers le haut pour
limiter l’érosion aratoire (15 agriculteurs) ; les cultures
intermédiaires (6 agriculteurs) ; les rotations avec prairies
temporaires ; l’agriculture biologique (5 agriculteurs).
La présence de résidus de
récolte en surface n’apparaît pas
comme le facteur essentiel pour expliquer l’intérêt du
non-labour dans la lutte contre l’érosion hydrique. Au printemps,
alors que les risques d’érosion sont maximum, il y a peu de
pailles en surface (10 % environ) chez les agriculteurs en
pseudo-labour. Les pailles ont été enfouies à faible profondeur
par le travail du sol ou par les vers de terre. Pourtant, l’érosion
hydrique est fortement réduite ; elle est même nulle chez un
agriculteur dont les parcelles ont des pentes pouvant atteindre 30 %
et qui parfois laisse pâturer ses pailles par des canards.
Les couples de
parcelles labour/non-labour
En 1999, le groupe érosion de Midi-Pyrénées a mis
en place des couples de parcelles pour vérifier expérimentalement
l’impact du labour sur l’érosion hydrique (Chambre Régionale d’Agriculture,
INRA). Deux couples se situent dans le Tarn (Delaunois, 2000).
Le couple F/D. Les
types de sol sont assez semblables ainsi que les cultures des
50 dernières années. Cependant, après 22 ans de non-labour
et d’agriculture biologique, les sols de F vivent d’une façon
très différente de ceux de D situés dans une exploitation
labourée et conventionnelle. Entre 0 et 10 cm, la teneur en
matière organique est 65 % plus élevée chez F ; la biomasse
microbienne est plus de trois fois supérieure, et la stabilité
structurale 63 % plus élevée. La biomasse lombricienne est près
de 6 fois plus élevée. Les galeries lombriciennes sont 2 fois plus
nombreuses à 25 et 40 cm de profondeur, et 30 fois plus à 5 cm de
profondeur où l’activité des vers est la plus importante. La
porosité de surface est 40 fois supérieure, et les croûtes de
battance sont 25 fois moins étendues grâce à cette activité
biologique intense et à la teneur en matière organique plus
élevée.
Ce fonctionnement biologique très
différent nous explique pourquoi les parcelles de F ne montrent
plus de marques d’érosion depuis plus de 15 ans alors que celles
de son voisin D présentent souvent des rigoles comme la plupart des
voisins. D’ailleurs, au printemps 1999, une érosion de 20 m3/ha
a été mesurée sur le tournesol (méthode volumétrique).
Le couple R labour/non-labour : Entre
0 et 10 cm, la biomasse microbienne a augmenté de 10 % après 3,5
ans de non-labour ; la stabilité structurale a augmenté de 7 à 9
% en moyenne après 3 à 5 ans de non-labour. L’observation des
états de surface après 5 ans de non-labour montre, en janvier sur
un blé, une diminution de 30 % de la surface ayant une croûte de
battance et une augmentation de 50 % du nombre de pores. Ces
différences sont significatives mais elles devraient encore s’amplifier
notablement dans l’avenir. Après 6 ans, une première érosion
hydrique est observée sur ce couple : une mesure volumétrique des
rigoles en juin sur maïs semence indique une diminution de 67 % de
l’érosion sur la parcelle en non-labour.
Conclusion
Le non-labour, en favorisant l’activité biologique des
sols, augmente à la fois la stabilité structurale (ce qui réduit
la battance) et la porosité tubulaire. Ces deux paramètres
agissent dans le même sens : l’infiltration est favorisée et
limite le ruissellement, avec toutes les conséquences
agro-environnementales que cela comporte.
Antoine Delaunois, Chambre d'Agriculture du Tarn
Bibliographie
Baize D., Girard M.C. et al -
Référenciel pédologique. AFES, INRA éditions, 332p.
Bouché M.B., 1972 -
Lombriciens de France. Ecologie et systématique. INRA, Annales de
zoologie - Ecologie animale, 671 p.
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opérationnelle assistée par ordinateur. Masson, 572 p.
Cavalié J., Dressayre E., 1986
- Etude érosion. Chambre d'Agriculture de la Haute-Garonne, SUAD.
Chabert André, 1996 - Les
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sur les peuplements. ACTA Point n° 4, Association de Coordination
Technique Agricole, Paris, 28 p.
Chambre Régionale d’Agriculture
de Midi-Pyrénées, INRA-SAD, 1999 - Intérêt de la suppression
du labour dans la réduction des risques d’érosion en situation de
coteaux molassiques. Protocole d’étude. 5 p. + annexes.
Delaunois A., 2000 -
Diagnostic territorial sur l'érosion. Exploitations agricoles des
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Mise en place et suivi des parcelles en 1998 et 1999. Chambre
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Erosion due to cultivation of calcareous clay soils on the hillsides
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