Le 17-06-2009 par J. Marmarot - Acta ( )
Le point sur les conséquences du non-labour sur le salissement des parcelles
Le salissement d'une culture (flore de surface) est l'expression de graines ou d'organes végétatifs présents dans et sur le sol. Graines et organes végétatifs constituent, au sens large, le stock semencier du sol. Ce dernier, assez stable par suite des dormances grainières, reflète le système cultural qui l'a produit.
En non-labour, le travail moins profond du sol remonte et concentre en surface le stock semencier. Ce dernier, pour une même efficacité du désherbage, voit son potentiel de salissement croître du facteur obtenu par le rapport des profondeurs de travail entre le labour (état initial) et le non-labour (état nouveau). Ce nouveau potentiel de salissement s'exprime pleinement du fait que 95 % des levées ont lieu dans les 5 premiers centimètres du sol.L'agriculteur en non-labour se trouve dans un système de désherbage plus fragile, sans "pouvoir tampon", qui lui demande d'être plus vigilant et plus technique.
Faute de quoi, ne compensant plus l'action "nettoyante" du labour par une meilleure maîtrise des adventices dans l'interculture et la culture, apparaîtront de nouvelles espèces, des espèces résistantes aux herbicides, ou des niveaux de salissement peu conciliables avec l'économie d'exploitation.
A l'inverse, le non-labour, parfaitement maîtrisé au plan du désherbage, peut permettre de diminuer le stock semencier du sol et le risque de salissement de la parcelle, plus rapidement qu'avec le labour. De plus, l'effet du non-labour se traduit assez rapidement par une augmentation des matières organiques libres (mulch), ou liées (complexe argilo-humique). Elles peuvent diminuer l'activité des herbicides racinaires et en augmenter la persistance (en tenir compte notamment pour les risques de phytoxixicité sur les cultures intermédiaires), et peuvent, sur la longue durée, favoriser des espèces nitrophiles. Un mulch abondant, il est vrai, constitue un frein à la germination des graines fraîches. L'absence de labour peut favoriser les espèces bisannuelles (ombellifères, composées) et, surtout, les pluriannuelles (rumex...) et vivaces (liserons, chardons, chiendents, ronces, ...).
L'absence de labour est favorable au développement des adventices. Trois leviers doivent permettre de compenser l'absence du labour :
| Département | Nombre de sites |
| Ariège | 2 |
| Aude | 1 |
| Haute-Garonne | 5 |
| Gers | 5 |
| Hautes-Pyrénées | 3 |
| Tarn | 3 |
| Tarn et Garonne | 3 |
La liaison {boulbène X maïs en monoculture irrigué} est très forte, comme l’est celle de {argilo-calcaire X rotation (dominante blé-tournesol) X sec}.
Rappelons que les herbicides utilisés sont les mêmes sur les deux modalités, ce qui pénalise le non-labour. Les relevés floristiques confirment un salissement un peu plus marqué en non-labour qu'en labour. A la récolte en 2001, le note moyenne de propreté (toutes cultures confondues) des labours est de 8/10 contre 7,5 en non-labour. Lorsque le désherbage est jugé insuffisant (note inférieure à 7), il l'est sur les deux modalités, labour comme non-labour.
En 2002, là encore, le salissement est un peu plus marqué en non-labour qu'en labour. La note de propreté est environ d'un point inférieur en non-labour. Les salissements observés en non-labour sont plus le reflet de la qualité du désherbage dans la culture et dans l'interculture, que de l'arrêt des labours.
Les salissements peu supportables sont généralement liés à de mauvaises pratiques de désherbage (choix de produit, dose insuffisante...), les techniques sans labour le révélant plus rapidement et plus intensément.
Dans les sites en rotations, le problème n° 1 est la présence de graminées hivernales résistantes ou mal contrôlées par les antigraminées foliaires (fops et dimes), par suite d'un usage exclusif de ces phytosanitaires. L'espèce dominante est le ray-grass. S'y ajoute la lente montée des bromes et vulpies favorisés par le non-labour et par les rotations à base forte de cultures hivernales.
Bien que venant de germinations assez profondes que traduisent des levées échelonnées, des espèces telles que lampourde, abutilon, ambroisie, bident, datura, seront favorisées par le non-labour, en rotation à dominance de cultures estivales. Bien que l'arsenal herbicide soit assez réduit, des solutions herbicides existent dans la plupart des cultures d'été.
Par suite, l'usage du glyphosate à l'automne et souvent au printemps, les vivaces (liserons, chardons, chiendents, ...) sont "stabilisées" ou régressent dans les cultures en rotation. Encore faut-il éviter d'être trop chiche et de bien choisir la dose d'herbicide en fonction de l'espèce et de son stade.
En monoculture, le problème des mauvaises herbes est généralement plus délicat par suite de la disparition de l'effet désherbant de la rotation (diversité des espèces, période de levées différentes, choix plus amples d'herbicides à sites différents d'actions, faux semis possibles).
En maïs on tend bien souvent vers de salissements moins diversifiés, plus monospécifiques (graminées estivales, vivaces type liserons des haies). Là encore, des solutions herbicides existent afin de contrarier ce type d'évolution.
Nos observations nous montrent que beaucoup de parcelles en non-labour sont propres grâce à la rotation équilibrée et à la technicité des désherbages et sans surcoût important du poste désherbage.
De notre point de vue, il existe une réserve de puissance de l'arme herbicide capable de maîtriser l'augmentation des salissements induite par le non-labour.
Pour maintenir son champ propre, il conviendra de bien gérer l'interculture (faux semis, emploi d'herbicides sans avoir recours exclusivement au glyphosate ou au sulfosate afin d'éviter l'apparition de résistances) et d'augmenter la qualité du désherbage sur l'ensemble des cultures de la rotation. Cela entraînera un surcoût herbicide très variable selon la rotation et les espèces à problème.
"Entrer" en non-labour nécessite d'être vigilant, technique et plus réactif afin d'anticiper sur les problèmes de demain.
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